LA Page verte

  Saint Benoît demande que l’on considère « tous les objets et tout ce que possède le monastère comme les vases sacrés de l’autel » Règle de saint Benoît, ch. 31. Cela vaut aussi pour l’environnement. Voici donc quelques petits gestes accomplis par la communauté au cours des dernières années dans le but de sauvegarder « notre maison commune ».

Borne de recharge pour véhicules électriques

 En 2017, l’abbaye s’est dotée d’une borne de recharge et fait maintenant partie du Circuit électrique, le réseau de recharge public pour véhicules électriques. La borne est située à droite à l’arrivée, tout près du kiosque du verger, et est accessible à tous. 

Traitement des eaux usées 

De 1963 à 2014, les eaux usées de l’abbaye ont été traitées grâce à une usine fonctionnant selon le procédé dit à boues activées. En 2014, cette usine a été remplacée par une usine avec étangs aérés et lit de sable pour filtration tertiaire. Y sont traitées les eaux usées de tous les bâtiments de l’abbaye, ainsi que les eaux de lavage de la fromagerie. Quant au lactosérum, résidu du lait ayant servi à la fabrication du fromage, il est expédié dans 
des fermes porcines des environs. 

L’usine de traitement des eaux.  Photo : Jacques Côté o.s.b.

Forêt âgée de 280 ans dans la zone de conservation. 
Photo : Daniel Gagnon

AMÉNAGEMENT FORESTIER À L’ABBAYE

Le zonage forestier appliqué au territoire de l’abbaye 1

Depuis 2012, Benoît Truax, Ph. D., chercheur et directeur général de la Fiducie de recherche sur la forêt des Cantons-de-l’Est (FRFCE), et son équipe2 effectuent des travaux de recherche sur le territoire de l’abbaye afin d’y appliquer le concept de zonage forestier. Ce type de zonage permet de concilier, sur un territoire défini, conservation, restauration et production. Le but des travaux est de démontrer que le zonage forestier, jusque-là principalement appliqué au Québec à des forêts publiques et plus nordiques, peut aussi être appliqué à des forêts privées du sud du Québec.  Le territoire de l’abbaye compte 216 hectares (ha), dont 150 de forêts, 45 de champs cultivés, 5,5 de friches et 8,5 de vergers. Pour les fins de la recherche, trois zones ont été délimitées : une zone de conservation, une zone d’aménagement écosystémique et une d’aménagement intensif. La zone de conservation représente 25 % du territoire, soit 37 ha3. Elle inclut les plus vieilles forêts (jusqu’à 280 ans), ainsi que plusieurs petits secteurs qui renferment des espèces de plantes rares. 

Plantation de peupliers hybrides dans la zone d’aménagement intensif. Photo : Daniel Gagnon

La zone d’aménagement écosystémique comprend le reste du territoire forestier, soit environ 113 ha. Des plantations de restauration (chêne rouge, chêne à gros fruits, frêne blanc, frêne rouge, pin blanc, noyer noir et caryer cordiforme) y ont été effectuées.  Enfin, la zone d’aménagement intensif, localisée dans les parties en bas de pente des champs cultivés et dans de jeunes friches, totalise 3,5 ha. 2000 peupliers hybrides y ont été plantés. Ces plantations servent de bandes filtrantes et réduisent ainsi la pollution diffuse d’origine agricole. Des coupes par rotation y sont effectuées et procurent de la biomasse pour le chauffage de l’abbaye. La quantité de bois qui aurait pu être récoltée dans les 25 ha de forêt voués à la conservation se trouve ainsi compensée.


Les résultats de l’étude sont convaincants. Ils permettent d’envisager « une cohabitation beaucoup plus harmonieuse entre l’aménagement et la conservation de la forêt ». L’étude n’est toutefois pas terminée : ce modèle de zonage doit ensuite être testé dans d’autres types de propriétés privées (secteur fortement agricole, forêt plus en altitude, etc.).



1. Source : Truax, B., Gagnon, D. Le zonage forestier appliqué à la forêt privée : concilier conservation, restauration et production. Progrès forestier, hiver 2013, p. 4-10. 

2. Daniel Gagnon, France Lambert et Julien Fortier. 

3. La superficie de la zone de conservation retenue pour les besoins de la recherche, soit 25 %, pourra éventuellement être augmentée et couvrir jusqu’à 75 % des forêts de l’abbaye. 

Restauration du chêne rouge et du chêne à gros fruits 1

En 1991, Benoît Truax procédait à un projet de restauration sur le territoire forestier de l’abbaye en y réintroduisant le chêne rouge et le chêne à gros fruits, des espèces ayant été surexploitées dans le passé par les colons et l’industrie. Le but du projet était de déterminer quels types d’environnements pouvaient le mieux favoriser la croissance de ces deux espèces. Sept environnements différents ont été sélectionnés et, dans chacun de ces environnements, 60 chênes des deux espèces ont été plantés (840 chênes au total).  


Les résultats ont permis d’observer une croissance plus rapide du chêne rouge dans la plupart des environnements étudiés, mais particulièrement dans les jeunes forêts et les lisières forestières. Quant au chêne à gros fruits, il prospère mieux dans des sites fertiles et ouverts, comme les bandes riveraines agricoles et les jeunes friches arbustives.


1. Source : Truax, B., Gagnon, D., Lambert, F., Fortier, J.  Restauration du chêne rouge et du chêne à gros fruits : rendements inattendus après 18 ans dans différents environnements. Progrès forestier, hiver 2016, p. 8-13.

Utilisation de manchons forestiers

Manchons forestiers.
Photo : Daniel Gagnon

Les hivers plus cléments des deux dernières décennies ont favorisé l’augmentation de la population des cerfs de Virginie dans tout l’est de l’Amérique du Nord, une augmentation qui exerce une pression importante sur la régénération forestière naturelle.  


Afin de protéger les jeunes pousses d’arbres contre le cerf de Virginie et proposer ainsi une solution aux propriétaires forestiers, Benoît Truax a mesuré l’effet protecteur que peut procurer l’utilisation de manchons forestiers. 900 arbres (pins blancs, chênes rouges, noyers noirs et caryers caryers cordiformes) ont été plantés dans un ancien pâturage du territoire de l’abbaye, et des manchons forestiers ont été installés pour la moitié d’entre eux. L’utilisation de manchons s’est avérée une condition essentielle au succès des plantations. 

Avantages de ces travaux de recherche 

Grâce aux conseils et aux travaux de l’équipe de recherche, un peu plus de 3 000 arbres, à l’exclusion des 2 000 peupliers hybrides, ont été plantés sur le territoire de l’abbaye et plusieurs restaurations ont été effectuées. Cela a certainement contribué à créer un environnement en harmonie avec la devise de l’abbaye Dans la beauté de la paix, et à sensibiliser l’ensemble des moines à l’importance de bien préserver son entourage forestier. Aussi, des chercheurs, des étudiants et d’autres propriétaires ont pu profiter des travaux effectués par le biais de divers articles publiés par la FRFCE et de visites de groupes sur le territoire. 

Chaufferie à la biomasse

Depuis 2007, les bâtiments du monastère (c’est-à-dire l’église, l’hôtellerie et le logis des moines) sont chauffés à la biomasse à l’aide de deux chaudières à double combustion qui fonctionnent au bois. Chaque chaudière fournit 320 kW. Il s’agit d’une source d’énergie renouvelable, carbo neutre et qui permet d’importantes économies. Du bois pressé sert de combustible, ainsi que certains arbres tombés dans les chemins forestiers de l’abbaye. Éventuellement, le bois provenant des plantations de peupliers hybrides fournira une partie du combustible.